La campagne de François Hollande est, depuis ses débuts, perturbée par des incidents de parcours internes au Parti socialiste.
« Les merdes volent en escadrille ». La phrase, signée Jacques Chirac, pourrait bien s’appliquer à un autre Corrézien, d’adoption certes, mais Corrézien néanmoins : François Hollande. Le socialiste semblait marcher sur l’eau à l’aune des primaires, dont il est sorti grand vainqueur. La donne a changé. Largement. Depuis son investiture officielle par le PS, le 22 octobre dernier, Hollande voit les « couacs » se multiplier rue de Solférino.
La question du nucléaire
Mi-novembre, moins d’un mois après la victoire de Hollande à la primaire, le PS et Europe Écologie – Les Verts (EELV) négocient pour trouver un accord en vue des élections législatives. Points de blocage : la construction de l’EPR de Flamanville (Manche) ou de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), François Hollande ne voulant rien lâcher sur ces deux thèmes.
Le 15 novembre, un accord a minima est trouvé ; il permettra à EELV d’avoir un groupe parlementaire. Mais, à peine conclu, il est dénoncé, notamment à cause de la disparition d’un paragraphe sur l’abandon de la filière MOX, un combustible nucléaire. Les Verts soupçonnent Areva, qui produit 95% du MOX dans le monde, d’être intervenu auprès des autorités socialistes.
Les « parachutages » d’écolos
L’accord électoral irrite les écolos et provoque même la colère de certains élus socialistes, notamment Bertrand Delanoë, maire de Paris, et Gérard Collomb, maire de Lyon. Les deux édiles n’apprécient guère les « parachutages » de Cécile Duflot et de Philippe Meirieu dans leurs villes respectives en vue des élections législatives. Lors du bureau national du PS, le 15 novembre, la tension atteint son paroxysme. « Ils me prennent vraiment pour un con, ils se foutent de ma gueule ! », lance le maire de la capitale. Ambiance.
Le siège de l’ONU
Tendues au niveau local, les relations entre le PS et EELV se détériorent également au niveau international. En cause cette fois : le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, et le droit de veto qui l’accompagne, « un privilège dépassé » selon Éva Joly. Le 25 novembre, Pierre Moscovici, directeur de campagne de François Hollande, remet les pendules à l’heure, affirmant qu’il n’est « pas question de remettre en cause le statut de membre permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, ni son droit de veto ».
Des relents germanophobes ?
Le 25 novembre, le député socialiste Jean-Marie Le Guen qualifie sur son blog la rencontre Sarkozy-Merkel de « Daladier à Munich », référence à l’accord que la France avait passé avec Hitler en 1938. Le 30 novembre, Arnaud Montebourg, invité de La Chaîne parlementaire s’en prend violemment à Angela Merkel. Fustigeant le refus de la chancelière allemande que la BCE rachète massivement les dettes des pays de la zone euro, le député de Saône-et-Loire affirme que Merkel mène une « politique à la Bismarck ».
L’UMP réagit vivement et accuse certains membres du PS de « germanophobie », demandant instamment à François Hollande de s’exprimer sur le sujet. Il le fait le 5 décembre, en Allemagne. « Invité d’honneur » au congrès du SPD, le parti social-démocrate allemand, le candidat socialiste minimise les accusations de la droite. « Aucun de nos amis allemands ne nous a posé cette question. Je leur ai demandé : vous avez entendu parler de propos germanophobes ? Ils ont vu une brève », s’amuse-t-il.
La fédé du Pas-de-Calais corrompue ?
Début décembre éclate « l’affaire » Kucheida, patron de la puissante fédération PS du Pas-de-Calais. Le député-maire de Liévin est soupçonné de corruption depuis les accusations de Gérard Dalongeville, ancien maire de Hénin-Beaumont, mis en examen pour détournement de fonds publics, corruption, faux et usage de faux. Dans une lettre adressée à Martine Aubry, Arnaud Montebourg dénonce « le système de la corruption des élus du Pas-de-Calais ». L’ancien candidat de la primaire vise explicitement Jack Lang, député du Pas-de-Calais, « l’un des tristes symptômes » des « complicités » dont jouit la fédération. Ulcéré, Lang envisage de porter plainte contre Montebourg pour diffamation.
Afin d’éviter que l’affaire ne rebondisse en pleine campagne présidentielle, Martine Aubry, critiquée pour sa gestion du « cas Guérini », annonce la création d’une commission d’enquête interne sur le financement et le fonctionnement de la Fédération du Pas-de-Calais. François Hollande, Premier secrétaire du PS de 1997 à 2008, est lui aussi contraint de s’expliquer. Il assure que « non, jamais », il n’a eu connaissance du moindre dysfonctionnement au sein de cette fédération.
« Sale mec »
Début janvier. L’année est à peine commencée que surgit la première polémique millésime 2012. Celle-ci tient en deux mots, « sale mec », que François Hollande aurait prononcé en imitant Nicolas Sarkozy devant des journalistes et repris par Le Parisien. L’UMP voit rouge. Jean-François Copé parle d’ « une insulte très choquante et indigne qui rappelle singulièrement celle de M. Jospin contre M. Chirac ». Nadine Morano exige des « excuses publiques ».
François Hollande doit se justifier. « Je ne suis jamais dans la grossièreté, je laisse ça à d’autres », assure-t-il, parlant de « manipulation de mes propos ». Sa version est confortée par les autres journalistes présents au moment des faits. Hollande parvient à retourner la polémique à son avantage. Le 4 janvier, lors de son premier meeting de campagne, il lance : « J’ai compris que le combat sera rude. (…) Chaque jour a son cortège de polémiques, comme si la droite craignait que ce soit projet contre projet. »
Le quotient familial
Lundi 9 janvier. Un article des Echos, citant Michel Sapin, chargé du projet présidentiel de François Hollande, allume la mèche : le candidat socialiste souhaite, s’il est élu, supprimer le quotient familial. Le soir même, Sapin recule et assure auprès de l’AFP qu’il ne s’agit là que d’une « option » envisagée par Hollande. Le lendemain sur RMC, Manuel Valls, chargé de la communication du candidat PS, confirme la suppression du quotient familial. Au même moment, sur Europe 1, Michel Sapin parle toujours d’une « possibilité », excluant tout décision arrêtée.
L’UMP s’engouffre dans la brèche. Chrisitan Jacob parle d’une « attaque en règle contre les familles » tandis que Nadine Morano voit en Hollande « un homme dangereux pour la France ». Ce dernier est contraint de s’expliquer, encore. « Je ne veux pas supprimer le quotient familial qui est un avantage fiscal pour les Français », assure-t-il. Il entend le « moduler » pour qu’il « puisse être plus juste pour l’ensemble des familles ».
Création de 60.000 postes dans l’Education
C’est le dernier « couac » en date mais il n’a que quelques jours. Lundi, Jérôme Cahuzac, le « M. Finances » de l’équipe Hollande, précise le projet de création de 60.000 postes dans l’Éducation nationale en cinq ans. Il parle de « redéploiements » et explique qu’il n’y aura pas « de postes supplémentaires créés dans la Fonction publique d’Etat pour une raison assez simple, c’est que la France n’en a tout simplement pas les moyens ». Le lendemain, alors que Martine Aubry et François Hollande affichent leur unité à Gandrange (Moselle), des membres de l’aile gauche du PS, notamment Benoît Hamon, porte-parole du parti, Henri Emmanuelli, ancien Premier secrétaire, et Marie-Noëlle Lienemann, publient un communiqué où ils dénoncent « l’interprétation faite par Jérôme Cahuzac ». Le but : faire pression sur Hollande pour qu’il crée des postes au lieu de les transférer d’un ministère à l’autre.
Alors que l’UMP s’insurge, Hollande effectue une « sévère mise au point » mercredi matin lors de la réunion de son conseil politique. « Il faut savoir si on veut gagner », lance Hollande selon un témoin. « On a tout pour gagner. Si on ne gagne pas, on ne le devra qu’à nous-mêmes, vous n’êtes pas obligés de vous commenter les uns et les autres et de m’obliger à corriger les uns et les autres. » Plus tard, Martine Aubry emboite le pas au candidat socialiste. « Que ceux qui ont besoin de faire parler d’eux se taisent », lâche-t-elle. L’incident est clos et le calme revient rue de Solférino. Jusqu’à quand ?
Source : France Soir